Peu avant 17 heures ce samedi, un groupe de collègues passe devant mon bureau - nous travaillons ce weekend avant la semaine de vacances de la Fête Nationale qui commence lundi en Chine. Ils se rendent tous dans la salle de réunion pour voir la sortie dans l’espace de Shenzhou 7. Les applaudissements ne manquent pas lors de la sortie et une certaine fierté peut se lire sur les visages de certains collègues. Fierté compréhensible et qui fait du bien au moral dans une année pendant laquelle rien ne va - en dehors de Jeux Olympiques parfaitement organisés avec les grands moyens et sans rien laisser au hasard…
J’en profite pour revenir sur le billet d’un Chinois vivant aux Etats-Unis et qui a suivi les informations concernant le lancement de Shenzhou 7 jeudi 25 septembre sur CNN. Voici son analyse quant à la manière dont l’information chinoise est traitée.
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Le 25 septembre, à 19 heures locales à Pékin, c’est le moment du journal télévisé de CCTV où tous les yeux du public chinois sont concentrés sur la base de lancement de Jiuquan, avides de connaître chaque geste des trois astronautes (apparemment, on ne dit plus "taikonaute", il faudrait que je vérifie la raison…) de Shenzhou 7, la fusée en passe d’être lancé.
Me trouvant aux Etats-Unis, ma principale source d’informations internationales est la chaîne internationale de CNN. A ce moment, c’est justement l’émission "World News Asia" qui est diffusée. Comment les Américains vont-ils couvrir (le lancement de) Shenzhou 7 ?
Dans le sommaire, il y a effectivement l’information que le compte à rebours de Shenzhou 7 a commencé, mais c’est en troisième position après l’annonce de l’allocution nationale du Président Bush concernant la crise financière et la sélection d’un remplaçant (au président sortant) en Afrique du Sud.
Après le début du programme, le discours de Bush, au visage digne, et le changement de la situation politique en Afrique du Sud occupent un total de 8 minutes. Ensuite, bien que l’information suivante ait un rapport avec la Chine, il ne s’agit pas de Shenzhou 7 mais du retrait par 16 pays asiatiques des produits laitiers fabriqués en Chine.
Puis la scène des astronautes pénétrant dans leur cabine et saluant de la main passe comme un éclair. Le présentateur annonce l’arrivée de la publicité et demande de rester à l’écoute : après la publicité, on va savoir pourquoi avant même leur lancement, les astronautes chinois sont déjà devenus des héros.
Attendant avec impatience la fin de la publicité, l’information suivante ne concerne pas Shenzhou 7 mais l’annonce par le candidat républicain McCain qu’il suspend sa campagne en raison de la crise financière, retournant à Washington pour participer aux discussions du Congrès, et de la réponse sarcastique d’Obama, qui persiste à ne pas vouloir changer la date du débat de vendredi. Cette information de politique intérieure occupe de nouveau plus de 5 minutes et il est déjà 7 heures 20, la seconde page de publicité arrive.
Après la seconde pause publicitaire, l’information a un rapport avec un vol, mais pas avec celui des astronautes chinois : un Suisse s’est équippé d’ailes mobiles, surnommé le "jet man" le plus chaud de l’histoire. Il a l’intention de survoler la Manche en juste 15 minutes.
Je pensais qu’après l’info du pilote Suisse, la transition serait naturellement faite avec les astronautes Chinois, mais le résultat est que nous arrivons déjà à la météo.
On ne vas quand même pas parler de la Chine pendant le bulletin météo ? Et bien si, au milieu du bulletin, on parle bien de la Chine. Les images montrent l’information diffusée par CCTV (la chaîne nationale chinoise), intitulée "toutes les régions du Sichuan font activement face aux pluies torrentielles".
C’est ainsi que passe la demi-heure de " l’édition asiatique de l’actualité internationale ". L’information concernant Shenzhou 7 n’a été diffusée que pendant le sommaire. Pendant le programme, les images ont été montrées durant quelques secondes. Apparemment, les rédacteurs de l’actualité de CNN n’ont pas estimé que le lancement de Shenzhou 7 est une information importante.
A l’heure où les Etats-Unis sont confrontés à une grave crise financière, il est tout à fait normal de placer les déclarations de Bush et des candidats à la présidence en première position. Mais que l’édition asiatique d’un programme d’actualité considère l’info d’un pilote Suisse spécial survolant la Manche comme étant plus importante que le lancement de la fusée chinoise Shenzhou 7, c’est dur à comprendre.
En suivant cette logique, peut-être qu’il va être impossible de voir le lancement de Shenzhou 7.
Je suis donc bien étonné de voir, lors du journal de 21 heures, que plus de 7 minutes présentées comme "dernières nouvelles" ("breaking news") sont consacrées à la retransmission du lancement de Shenzhou 7, du compte à rebours jusqu’au décollage, jusqu’à ce que la poussière retombe et que le lancement soit accompli avec succès.
A ce moment, je change de chaîne et je regarde le voisin de CNN, BBC, qui lui aussi diffuse la retransmission des images du décollage de Shenzhou 7.
Ce n’est donc pas que les Occidentaux ne s’intéressent pas du tout à Shenzhou 7, mais l’état d’esprit avec lequel il traite son décollage ressemble à celui avec lequel ils ont traité le classement des médailles d’or durant les Jeux Olympiques (de Pékin). Même si on veut dilluer l’information, on ne peut pas ignorer la splendeur.
(Fin)
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Tout d’abord, je me permets quelques commentaires : ayant une certaine expérience de la manière dont opère CCTV, je pense que les images du décollage n’ont été procurées aux chaînes internationales que plusieurs heures après la diffusion en direct en Chine. Auquel cas ce n’est pas du tout un manque de volonté de chaînes telles que CNN et BBC de diffuser l’info au plus tôt, mais une impossibilité pure et simple : pas d’images, pas d’info…
Ensuite, il est un peu simple de mettre tous les "Occidentaux" dans le panier de CNN. Et si la remarque concernant la manière de traiter le classement des médailles d’or est vrai pour certains médias aux Etats-Unis, elle ne peut pas être appliquée à BBC, qui a placé la Chine en première position, alors que les médias américains ont souvent placé les Etats-Unis en première position en prenant en compte le nombre total de médailles (or + argent + bronze).
Mais ce texte reste intéressant car il montre un phénomène particulièrement frappant cette année : l’attention toute particulière de nombreux Chinois envers les médias occidentaux. Un nombre incalculables d’articles sont traduits en chinois, les internautes surfent la toile dans de plus en plus de langues et les articles parlant de la Chine en français, en allemand ou en espagnol risquent fort d’être "repérés" si ils ne parlent pas du pays en termes "favorables".
Pour ceux qui sont intéressés, voici quelques liens en langue française sur le décollage de Shenzhou 7:
Sur Chine Informations :
http://www.chine-informations.com/actualite/chine-succes-du-lancement-du-vaisseau-spatial-habite-shenzhou_11101.html
French.China.org.cn, le décollage :
http://french.10thnpc.org.cn/china/archives/shenzhouVII/2008-09/25/content_16530228.htm
Et la sortie dans l’espace :
http://french.10thnpc.org.cn/video/2008-09/27/content_16546290.htm
Connaissance de la Chine :
http://faitsdebats.blogs.letelegramme.com/archive/2008/09/25/succes-du-lancement-du-vaisseau-spatial-shenzhou-7.html
CCTV-F, chaîne francophone de la télévision centrale de Chine :
http://www.cctv.com/program/journal/20080927/106979.shtml
Et un choix d’infos :
http://www.oscoop.com/?articles=1660696
Posté par Olivier sous Société à 12:02 AM HKT
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La corruption et la société civile sont des thèmes qui apparaissent souvent dans les médias occidentaux quand on parle de la Chine. Les discussions dans les blogs et forums chinois sont parfois citées comme exemples de l’établissement d’une société civile dans ce pays. J’entends ce terme utilisé de plus en plus fréquemment récemment, alors qu’il était plutôt rare les années précédentes.
Le texte qui suit est-il un exemple de cette société civile en devenir en Chine ? A vous de juger.
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Xu Duoming et Jiang Li sont un couple de bureaucrates corrompus travaillant dans des départements de la province de l’Anhui et qui sont passés en jugement. Lorsqu’ils ont fait face aux accusations de la cour concernant la provenance de leur vaste fortune, les "règles latentes" du mandarinat (dans le sens de bureaucratie) ont été révélées au grand jour. Ils ont témoigné de toutes sortes de sources de revenus cachées des dirigeants, telles que paiments à des compagnies fondées par des membres de leur famille, revenus supplémentaires qui n’apparaissent pas sur la fiche de paye etc. Alors que tous deux étaient entraînés dans leur récit, le juge a interrompu leur déclaration. (31 août, "Journal de la Démocratie et du Système Légal《民主与法制时报》)
Le commun du mortel n’a pas la moindre idée de la composition des revenus de nos cadres et dirigeants. En exposant au grand jour les "règles latentes" des revenus, Xu et Jiang, mari et femme, ont justement satisfait la "curiosité" du public. On peut se demander pour quelles raisons le juge les a "promptement" interrompus. Etait-ce parce que le témoignage n’avait pas de rapport avec l’affaire ou en raison d’autres considérations ?
Sur la base de mes maigres connaissances légales, face à des accusations quant à la provenance de leurs énormes revenus, les accusés ont le droit d’expliquer l’origine de leurs biens. Et c’est le juge qui décide de leur légalité ou illégalité. L’interruption à sa guise du récit des accusés donne le sentiment que les méthodes du juge sont trop abruptes, voire même qu’il avait l’intention d’occulter (certains faits).
Le public n’a absolument aucun moyen de connaître la composition des revenus de nos fonctionnaires. Satisfaire le droit à l’information par l’intermédiaire du témoignage personnel de bureaucrates corrompus, je trouve que c’est plutôt positif.
Par ailleurs, la grande diversité à l’heure actuelle des revenus des fonctionnaires en dehors de leur salaire et leurs énormes montants sont devenus terrain fertile pour la corruption. Définir rigoureusement la légalité ou l’illégalité de ces revenus et clarifier totalement les cas de revenus illégaux est particulièrement nécessaires pour le travail de lutte anti-corruption. C’est pourquoi la mise au jour des "règles latentes" est un bon élément de référence pour les départements (impliqués dans la lutte anti-corruption).
Je trouve que plutôt d’autoriser des bureaucrates corrompus à faire de longues tirades devant la cour pour exprimer leurs regrets, il vaudrait mieux exposer une par une toutes les "règles latentes" du mandarinat. Si le juge n’a pas envie d’écouter, le public en a envie ! Et si on en fait une grande oeuvre littéraire, ce sera certainement un best-seller !
Posté par Olivier sous Société à 5:27 PM HKT
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Station de péage créée de toute pièce par des campagnards locaux pour se créer des revenus : voilà quelque chose que j’ai déjà rencontré et qui apparemment se produit assez souvent en Chine. Mais l’article qui suit décrit une autre dimension. J’ai d’abord été sceptique, pensant avoir affaire à un "réactionnaire", puis j’ai eu une longue discussion aujourd’hui pendant un déjeuner avec un jeune membre du Parti qui a affirmé qu’il s’agit de faits qui pour n’être pas généralisés sont cependant loin d’être rares.
Evidemment, la première explication possible est que ce genre de comportement palie "par la force" la pauvreté dont souffrent de nombreuses régions agricoles, trop longtemps écartées jusqu’à ces dernières années des priorités économiques du pays. Nous connaissons tous ces nombreux récits de paysans qui ont perdu leur terrain et n’ont reçu que peu ou pas de compensations du gouvernement local.
Mais il semblerait que certains campagnards aient pris les choses en main. Et j’avoue que j’aimerais bien en savoir plus sur ce phénomène - mais à qui demander connaissant vraiment les réalités sur le terrain ?
J’arrête cette (trop) longue introduction et direction la campagne dans un endroit non divulgué par l’auteur.
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Je viens de travailler dans une entreprise située dans une zone industrielle et j’ai trouvé bien des choses insupportables, particulièrement concernant les conditions d’investissement des entreprises.
Il s’agit d’une grande entreprise d’Etat et en dehors de ses activités d’investissements, c’est un peu en lisière du désert là-bas. La densité de population n’est pas très grande mais que l’on ne s’y trompe pas : les habitants de ces villages éparpillées ont vraiment le sens des affaires !
Par le passé, lorsque les travaux commençaient sur des projets investis par cette entreprise, les habitants locaux n’avaient pour seule ambition que de faire partie de l’équipe des ouvriers temporaires. Mais ce n’est pas la même chose aujourd’hui : les villageois veulent eux-mêmes prendre en charge le travail de l’entrepreneur, et qu’importe s’ils possèdent ou pas les connaissances nécessaires pour mener à bien les travaux. S’ils n’obtiennent pas ce qu’ils veulent, ils bloquent les véhicules et les routes et personne ne peut plus travailler !
Il est en général impossible de mener à bien de simples travaux de génie civil, car les villageois locaux estiment qu’ils en sont capables et ils ne permettent pas à d’autres équipes de construction de pénétrer (les lieux). Mais si on laisse les villageois travailler, ils vont eux-mêmes décider du prix ! La location horaire d’un bulldozer est 3 à 5 fois plus élevée que le prix du marché. Et même si on ne veut pas payer, il faut payer quand même, car de toute manière, les autres équipes vont être paralysées dès leur arrivée.
Les villageois ont bien des arguments à faire valoir : quand meurent leurs porcs, boeufs et moutons, ils les portent en douce sur les chantiers et prétendent qu’ils sont morts à cause des travaux. Ils réclament que l’investisseur compense en payant deux à trois fois le prix de la bête vivante. Un villageois a glissé à moto sur une route construite par cette entreprise et a été un peu blessé. Il a accusé l’état de la route et a exigé de l’entreprise qu’elle paie les frais d’hôpitaux ainsi qu’une certaine compensation.
L’utilisation de l’eau par l’entreprise constitue un problème encore plus épineux. L’équipe de construction est obligé d’être approvisionné en eau par les villageois, le prix de l’eau allant d’augmentation en augmentation et ayant aujourd’hui atteint le prix exhorbitant de 55 yuan par mètre cube. Si le prix est refusé… l’eau est coupée. Si l’on demande aux autorités locales de venir coordiner, l’eau va de nouveau être approvisionnée, mais le prix ne va pas baisser… et il faut payer le prix fort pour les "frais de coordination" du gouvernement local.
L’acquisition de terre par l’entreprise est également un casse-tête. Toutes les compensations concernant agriculture, foresterie, élevage, produits dérivés et pisciculture doivent avoir été reçues. Si tout est fait selon les règles édictées par l’Etat, je suppose qu’aucune entreprise industrielle au monde ne peut venir ici pour y opérer.
Mais il est aussi possible de ne pas opérer en suivant les règles édictées par l’Etat. Dans ce cas, il faut suivre les "règles du jeu" en satisfaisant les besoins et demandes de certains individus et services, ce qui consomme temps, énergie et argent et épuise son homme. Dans le passé, les terres des paysans étaient prélevées. En dehors du paiment complet des frais gouvernementaux concernés, il fallait encore donner une somme supplémentaire aux villageois.
Aujourd’hui, les villageois ont de nouvelles méthodes. Lorsqu’un terrain est prélevé, deux familles entrent en conflit et disent que le terrain leur appartient et que le problème date de plusieurs générations. Résultat, il faut payer deux fois la somme supplémentaire, une somme par famille. Et en plus les travaux entrepris sur ce terrain doivent être alloués à ces deux familles, qui gagnent de nouveau une somme d’argent (en tant qu’entrepreneur).
Peut-être certains vont-ils dire que l’on pourrait demander au gouvernement local d’intervenir. Le dire est une chose, mais l’appliquer… L’équipement de construction que ces villageois louent appartient parfois aux familles des bureaucrates locaux. Il y a même une huile locale qui est allée jusqu’à vouloir prendre en charge un chantier pour un projet que seule une compagnie très qualifiée aurait pu exécuter. Et il a exigé 150,000 yuan (environ 15 euro) pour que les travaux soient entamés si il n’était pas choisi comme entrepreneur. Sinon, une montagne de villageois aurait paralysé les travaux sur le chantier.
Beaucoup de villageois qui bossaient auparavant dans d’autres régions sont tous revenus. Ils travaillaient dur et ne gagnaient que des clopinettes. Aujourd’hui, il suffit de bloquer la route tous les jours pour gagner beaucoup plus, pourquoi s’en priver ? Pratiquement tout le village participe au blocage de la circulation et des routes.
En fait, il ne s’agit pas d’un problème limité à cet endroit : cette entreprise rencontre des problèmes similaires dans trois provinces où elle investit.
L’environnement des régions périphériques pour l’investissement des entreprises doit être réformé. Qui va donc investir lorsque la situation est à ce point dégradée ? Les médias rapportent toujours que la Chine est à tel ou tel rang des pays les plus favorables aux investissements et qu’elle attire chaque année tant et tant d’investissements étrangers, que telle ou telle ville est si attrayante.
Mais vu dans son ensemble, les conditions d’investissement sont-elles aussi bonnes qu’on le dit dans les campagnes ? C’est une question sur laquelle il vaut la peine de se pencher.
2008-08-31
Posté par Olivier sous Société à 10:26 PM HKT
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Le sport ne doit pas être mélangé à la politique. C’est ce que le gouvernement chinois a crié bien fort durant les mois précédant les Jeux Olympiques et la position qu’il a continuellement défendue. Mais les réalités sont quelque peu différentes et un grand nombre de Chinois ne s’y trompent pas.
Voici les observations de l’un d’entre eux concernant les paroles de remerciements adressées par les champions olympiques aux dirigeants politiques. Et la conclusion qu’il en tire n’est pas apolitique.
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Pour un athlète, pouvoir obtenir la médaille d’or aux Jeux Olympiques, c’est le plus grand bonheur et ce qui vaut le plus la peine. Il est clair pour tout le monde que l’obtention d’une médaille d’or amène une forte récompense financière et des rentrées publicitaires. De plus, on devient pour les gens un héros national et où que l’on aille on est reçu par des applaudissements et des bouquets de fleurs. Un diplôme peut même être accordé par une université et une nouvelle voie s’ouvre dans ce temple consacré à la recherche de la vérité, le lieu où on a le moins besoin de faire des efforts physiques. Ne parlons pas de toute la sueur versée par les sportifs, de toutes les blessures occasionnées. Mais quand on a gagné une médaille d’or, n’est-ce pas le bonheur ? Cela n’en vaut-il pas la peine ?
Obtenir à la fois le prix matériel, la gloire spirituelle et le droit d’entrer à l’université, tout est le résultat de cette médaille d’or. C’est donc elle que les athlètes doivent remercier. Merci médaille d’or !
J’ai souvent noté en regardant les compétitions que du moment que nos athlètes sont victorieux, les journalistes les suivent immédiatement pour les interviewer: "vous êtes sûrement très heureux d’avoir obtenu cette médaille d’or, que voudriez-vous dire aux spectateurs qui sont devant leur poste de télévision ?" Ou bien "Que ressentez-vous après cette compétition ?"
Le champion dit alors, en train d’essuyer sa sueur et de récupérer son souffle : "merci aux dirigeants, merci aux dirigeants pour leurs attentions, merci à l’organisation de m’avoir entraîner, merci aux entraîneurs, merci à mes parents, merci à tous ceux qui se soucient de moi, merci à vous !" Ces remerciements incluent bien du monde dans un grand panier, mais pas le moindre remerciement n’a été adressé à cette médaille d’or qui pend au cou.
En faisant un peu attention, vous découvrirez que la première phrase de nombreux champions est "merci aux dirigeants", tels par exemples que le champion de tennis de table Ma Lin et celle de planche à voile Yin Jian. Et il ne s’agit pas uniquement des champions olympiques. Ceux qui ont participé à des conférences, des rapports, des cérémonies, des soirées, des célébrations ont sûrement déjà entendu ces paroles : "merci aux dirigeants, merci un tel et un tel, ce n’est qu’avec l’énorme soutien et les attentions d’un tel et d’un tel que j’ai pu obtenir un tel succès."
Les remerciements envers les dirigeants viennent-ils ou non du fond du coeur ? Peut-être que tout le monde est déjà habitué à les prononcer comme une expression toute faite, sans même le réaliser. Ou bien c’est juste dit pour la forme. De nombreux Chinois n’ont pas quitté l’ombre de la pensée traditionnelle ("féodale" en chinois, dans le sens de l’ancienne Chine, celle d’avant la libération au 20e siècle par les communistes) mandarinale, il faut absolument parler des dirigeants.
J’ai même entendu dire que pendant le banquet organisé à l’occasion du premier mois de son fils (une célébration traditionnelle en Chine un mois après la naissance d’un enfant), un père, sachant que des dirigeants étaient présents, a remercié ces dirigeants pour "leurs attentions et leur aide", des paroles incompréhensibles (dans un tel contexte). Quel rapport ces dirigeants ont-ils donc avec le fait qu’il a mis un enfant au monde ? Sa femme s’est-elle retrouvée enceinte grâce aux attentions et à l’aide des dirigeants ?
Que signifient conscience civique et personnalité indépendante ? Ne suffit-il pas d’exprimer normalement son respect envers les dirigeants sans avoir besoin de les encenser pour qu’ils ne se sentent plus pisser (traduction très libre de ma part) ?
Nous remercions les dirigeants, qui remercient ceux placés au dessus d’eux. Mais il y a malgré tout un progrès historique. Il y a cent ans, tout le monde s’écriait d’une seule forte voix "merci à l’empereur pour ses bonnes grâces !" Et puis je pense à certains de nos athlètes devenus champions et qui s’effondrent en larmes avant de pouvoir parler et je me demande s’ils voulaient aussi remercier les dirigeants avant que leur voix soient coupées par les larmes.
C’est vrai, les Jeux Olympiques sont l’affaire de tout le pays, ils sont également le produit de l’économie planifiée et propriété publique. L’entraînement et la vie des athlètes sont gérés par le gouvernement. Que les sportifs remercient les dirigeants après avoir obtenu des médailles d’or, c’est la moindre des choses.
Cependant, (si l’on considère la question) du point de vue de l’honneur (apporté par ces médailles), je trouve que ce sont les dirigeants qui doivent remercier les athlètes. De l’or, c’est de la gloire apportée à la collectivité et également aux dirigeants. Cela démontre aussi qu’à tous les niveaux, les dirigeants et les entraîneurs ont choisi les bons candidats, les ont bien entraînés et les ont bien conduits. (…) Lorsque les dirigeants remercient leurs supérieurs, ce sont les athlètes qu’ils remercient dans leur coeur. Et lorsque les athlètes remercient les dirigeants, ce sont en fait leur médaille d’or qu’ils remercient.
Je pense soudainement aux questions posées par nos journalistes à Phelps et à Bolt, les mêmes questions concernant ce qu’ils ressentaient après la compétition. La réponse de Phelps fut : " je me sens très fatigué, j’ai vraiment envie de rentrer à la maison pour me reposer". Et celle de Bolt : "je remercie cette piste qui m’a donné la victoire".
Remercier les dirigeants est devenu une habitude profondémment ancrée. Mais nous vivons dans une autre époque et il est temps de se débarasser de certaines habitudes profondémment ancrées. La politique évolue dans une direction éclairée et les réponses des athlètes aux questions des journalistes ne doivent plus être influencées par le bâton politique. Laissons-les être plus naturels dans le Nid d’oiseau et nous apporter davantage de plaisir.
Lorsqu’un jour, les dirigeants diront "merci pour votre confiance, de m’accorder ce siège et de me laisser servir les électeurs", alors la phrase "merci aux dirigeants" aura totalement disparu de la scène !
Posté par Olivier sous Société à 11:36 PM HKT
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