Après un article sur les raisons pour lesquels le chinois pourrait bien être très loin de devenir la nouvelle langue internationale au cours du XXIe siècle, voici aujourd’hui dans Blog en Chine un blogueur poussant un cri pour sauver le chinois d’une mort imminente. Un grand débat agite récemment les internautes quant à l’état dramatique de la langue chinoise, le point de vue de ce blogueur représentant la frange la plus pessimiste.
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Je parle, j’écris, je pense en chinois. Même les paroles que je prononce dans mes rêves sont en chinois, je souhaite donc bonne santé à cette langue. Mais la maladie dont il souffre est déjà entrée en phase terminale ! Chacun peut le voir : la mort des “départements de chinois” (1) est un fait bien réel qui se déroule près de nous.
J’ai lu avec attention quelques centaines de commentaires laissés par des internautes. (…) Par exemple : “c’est vraiment triste, j’étudie le chinois (…). Dans cette société, le sentiment qu’on éprouve envers les gens qui ont étudié le chinois, c’est qu’ils n’ont rien étudié du tout !” Ou encore : “c’est une spécialité vague qui n’aboutit à aucun métier précis. Jeunes Chinois qui aimons notre langue, comment devons-nous survivre ?” Et bien d’autres encore. Ces appels qui viennent d’étudiants spécialisés en chinois doivent nous amener à une profonde réflexion concernant ce problème.
Le Chinois est malade ! Les départements de chinois sont morts ! Voilà un fait indiscutable. Le reconnaître c’est nous donner la possibilité de trouver un remède. Si nous l’ignorons ou le nions, c’est le déclin total du chinois qui nous attend.
Fin 2006, le poète Ye Kuangzheng a publié un article dans plusieurs médias intitulé “la littérature est morte !” et a énuméré “les 14 conditions mortuaires de la littérature contemporaine chinoise”, provoquant ainsi un vif débat. Cette année, durant les deux conférences (2), Ye Kuangzheng a de nouveau publié un article dans le “Southern Weekly” (Nanfang Zhoumo), sur Sina, Sohu (3) et d’autres médias : “Le Premier ministre Wen Jiabao a écrit un bon article”, qui avait trait à la politique du gouvernement et à la question des documents officiels. Il portait en fait sur la difficile situation dans laquelle se trouve la littérature et l’apprentissage de la langue (4). La question centrale, c’est encore le déclin du chinois.
Le déclin du chinois est une question sociologique d’ordre général (…) qui se produit à tous les échelons de notre existence. Elle trouve sa source dans la perte de notre système de valeurs et de notre manière de percevoir le monde (Weltanshauung). Les conditions actuelles du déclin du chinois méritent qu’on y prête attention, car elles ne concernent pas seulement le futur de la culture chinoise, mais encore plus la Chine, en tant que pays doté d’un destin.
Il y a quelques années, au cours d’une compétition de chinois dans l’université de Fudan (5), l’équipe chinoise a perdu face à l’équipe des étudiants étrangers. Cette nouvelle a provoqué un véritable choc. En fait, il n’est pas exagéré de qualifier l’éducation linguistique dans les écoles primaires, au collège, et dans les départements de chinois des universités de “corps sans vie”. Ce type d’éducation sans la moindre créativité et imagination n’aboutit qu’à former des étudiants qui détestent le chinois. Cette langue est la marque de notre nation, un véhicule et un composant importants de la culture chinoise. Le niveau auquel elle est utilisée influence directement le niveau global de ce pays dans les domaines de la pensée, de la sensibilité et de la créativité.
(…) Ces dernières décennies, la manière dont nous avons méprisé notre langue maternelle a de quoi provoquer la colère. Dans l’histoire de la culture chinoise, il est bien possible que ce soit l’époque de son plus faible développement. Elle a créé une grave rupture dans la continuation de la culture chinoise, elle a même porté atteinte à la dignité des Chinois. Je suis sûr que dans le futur, l’histoire de la culture chinoise qualifiera cette période d’ “honteuse”.
Nous étudions et parlons le chinois parce que nous n’avons pas le choix. Dès que l’occasion nous est donnée, nous nous mettons à parler un charabia d’anglais et à choisir des prénoms étrangers. Nos jeunes et même nos écrivains ne se sentent plus fiers de leur langue maternelle. Il faut pourtant savoir que le chinois est l’une des cinq langues de travail des Nations unies, c’est aussi la langue parlée par le plus de gens au monde et celle possédant la plus longue histoire.
Cette sorte de mépris reflète d’abord l’importance que notre éducation accorde à l’apprentissage obligatoire de l’anglais, une règle difficile à comprendre : de l’école primaire à l’école secondaire, à l’université, au master, au doctorat, tout au long de plus de 20 ans d’études, cette langue étrangère constitue le seul cours et le seul examen obligatoires. (…) Dans la vie professionnelle, pour une promotion ou l’examen de fonctionnaire, il faut également passer par un examen de langue étrangère. On se soucie peu de son expression en chinois, mais on se réjouit souvent de parler couramment une langue étrangère. L’évaluation du système universitaire n’est pas différente. (…) Il est difficile de s’imaginer quel niveau peut atteindre une langue étrangère quand on n’est même pas capable de s’exprimer correctement dans sa langue maternelle !
Les conséquences d’une étude obligatoire de l’anglais sont catastrophiques ! Elle consomme un temps et une énergie énormes, mais les résultats obtenus sont faibles et n’en valent pas la chandelle. (…) Elle va même jusqu’à gêner le développement du chinois : non seulement elle occupe le temps d’étude du chinois ; encore pire, certains étudiants qui ont du talent en chinois ou en littérature ne peuvent passer les examens en raison de leur faiblesse en anglais et perdent l’occasion de poursuivre leurs études. Comme le dit Yu Guangzhong : “L’anglais est tout au plus une sorte d’outil qui nous permet de comprendre le monde, alors que le chinois est notre véritable racine…” Cette phrase a valeur d’avertissement !
Cette sorte de mépris reflète aussi l’indifférence de l’éducation du chinois envers la culture traditionnelle. Dans la culture traditionnelle chinoise, littérature, histoire et philosophie ne sont pas séparées en matières différentes, et même les sous-classes sont étroitement liées entre elles. Mais le système éducatif du chinois suit la manière occidentale de classifier le savoir en catégories. A tel point que l’étude du chinois se réduit à celle de ses mots et de ses phrases et ne met pas du tout l’accent sur l’analyse de l’argumentation et le souci de l’histoire.
La culture chinoise traditionnelle insiste sur la “littérature en tant que porteur du Dao” : si l’on ne comprend pas le système sur lequel repose la culture traditionnelle, il est impossible de prendre conscience de son âme et impossible de vraiment saisir l’essence du chinois. Dans ce domaine, le ministère de l’éducation du chinois à Hong Kong est en avance d’une longueur. L’établissement de cours tels que “sentiments et culture chinoise” (…) permet de cultiver la compréhension des étudiants envers la culture chinoise traditionnelle et une perspective historique.
(…). J’estime que de plus en plus de faits démontrent la perte totale de respect des Chinois envers leur langue maternelle, également la perte de respect envers la culture traditionnelle chinoise. Notre nation est vraiment arrivée à un point qui nécessite un grand mouvement pour sauver le chinois de la mort !
Notes de l’éditeur :
(1) Les “zhongwen xi” sont les départements d’université où s’enseigne le chinois.
(2) Les séances plénières annuelles de la CCPPC - la Conférence consultative politique du peuple chinois - et de l’Assemblée populaire nationale. La première a un rôle purement consultatif, comme son nom l’indique. La seconde est la plus haute instance législative du pays, dont le rôle principal est d’entériner les décisions prises à l’avance par les plus hautes instances du pays.
(3) Deux des plus grands portails internet chinois.
(4) Il s’agit ici d’un jeu de mots des deux caractères “wen” et “xue”, qui demanderait plus de temps et de réflexion pour être traduit de manière plus appropriée.
(5) L’une des plus prestigieuses universités de Chine.
Auteur : Fei Xiong (cerveau gras)
Date : 28 mars 2007
Source : http://blog.sina.com.cn/u/4c8decce0100096y
Posted by Olivier in Divers, Société, Education, Jeunesse