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3 avril 2007

Le chinois future langue internationale ?

Le chinois future langue internationale prenant le pas sur l’anglais ? Voici un blogueur qui ne croit pas en cette prédiction et qui explique pourquoi. C’est vrai qu’il est fréquent d’entendre en Chine l’argument selon lequel le chinois est déjà la langue la plus parlée dans le monde aujourd’hui. Mais l’analyse de ce blogueur semble remettre les choses dans leur contexte.
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Combien de temps l'anglais va t-il résister ?Lors de la “Semaine de la francophonie” qui s’est récemment tenue ici (1), je me suis adressé à l’ambassadeur français, en français, en lui disant que je suis chinois. A ma surprise, il m’a répondu en chinois qu’il peut parler cette langue. Je lui ai tout de suite demandé où est-ce qu’il l’avait apprise, et il m’a répondu la phrase que les Chinois aiment le plus entendre et la plus appropriée pour ce genre d’occasions diplomatiques : “j’ai appris le mandarin dans la province chinoise de Taïwan”. Toute l’assistance est partie d’un grand éclat de rire.

Le show de l’ambassadeur français lors de la semaine de la francophonie montre l’importance grandissante du chinois sur la scène internationale. Rien d’étonnant que certains estiment que le chinois remplacera l’anglais au cours du 21e siècle pour devenir la langue internationale. Mais c’est un peu trop optimiste ! En fait, avant que le chinois ne remplace l’anglais, il faudrait qu’il dépasse le français. Mais aujourd’hui, le français reste une langue plus forte à l’échelle mondiale.

Ce qui permet de déterminer la force d’une langue, ce n’est pas seulement le nombre de personnes qui la parlent, mais le nombre de pays et régions où elle est pratiquée. Selon les statistiques, il y a 200 millions d’individus qui parlent le français dans le monde, dont 60 millions sont Français. Les autres sont répartis sur les cinq continents. Il y a plus de 20 pays et régions où le français est la langue légale ou la langue administrative. Sur toute la planète, il y avait près de 91 millions de personnes étudiant le français en 2002, ce qui représentait une augmentation de 15,4 millions par rapport à 1994. Puisque la plupart des personnes parlant le français sont concentrées dans les pays en développement d’Afrique et d’Amérique, et que les populations de ces pays sont en rapide croissance, le nombre de personnes parlant le français devrait progressivement augmenter.

Prenons maintenant l’exemple du chinois. Le nombre de personnes parlant cette langue (ce qui inclut le mandarin et les grands dialectes) s’élèvent à plus d’un milliard 400 millions, mais 99% se trouvent sur le sol chinois (Taïwan et Hong Kong compris). En dehors de cela, il est aussi couramment pratiqué à Singapour. Selon des statistiques optimistes, il n’y a que 30 millions de gens qui apprennent le chinois en dehors de la Chine, et la plupart d’entre eux sont les descendants de migrants chinois. En dehors des migrants ayant des origines chinoises, la plupart des étrangers qui apprennent le chinois viennent de Corée du Sud et du Japon, deux pays qui, historiquement, ont été profondément influencés par la culture chinoise. En Europe, en Amérique et en Afrique, le nombre de personnes étudiant le chinois est extrêmement faible, largement inférieur au nombre de personnes qui étudient le français.

Je connais un collègue de mon époque universitaire qui enseigne maintenant dans une université de Hong Kong. Il écrit tous ses articles sur la science et la technologie en anglais, mais ce qui est étonnant, c’est que lorsqu’il fournit un article, il lui faut souvent joindre un résumé en français. Je comprends le français et c’est donc avec joie que j’aide ce collègue. A chaque fois que je traduis son article pour le résumer en français, je me pose cette question : quand est-ce que le chinois va remplacer le français pour résumer les articles de science et technologie.

Ainsi, face à cette vague ascendante de “fièvre pour le chinois”, nous Chinois, en dehors de notre fierté, devrions réfléchir calmement, ce qui pourrait même nous amener à éprouver un sentiment de crise. Tout d’abord, la “fièvre pour le chinois” n’existe qu’en comparaison avec le dédain dont il faisait l’objet par le passé. Faisons une comparaison : le nombre de personnes étudiant l’anglais au niveau planétaire atteint 2 milliards de personnes. Le nombre de ceux qui étudient l’anglais juste en Chine dépasse celui de ceux qui étudient le chinois de par le monde. Aux Etats-Unis, il y a 1 million de personnes qui étudient la langue de la France, un pays qui ne compte que 60 millions d’habitants. Mais seuls 100 mille étudient la langue de la Chine, un pays de 1,3 milliards d’habitants.

Vraiment international ... ?Même considérée d’une perspective de développement, je suis plutôt pessimiste quant au futur du chinois au niveau international. La principale motivation des étrangers apprenant le chinois est d’essayer d’attraper au passage l’express de l’économie chinoise et de devenir compétiteurs des Chinois sur un marché de l’emploi où les occasions ne sont déjà pas si nombreuses. Ou bien d’exploiter le marché chinois et de se battre contre les entreprises chinoises pour saisir des opportunités commerciales.

La globalisation a fait de la Chine une grande ville murée. Les Chinois veulent en sortir et les étrangers y entrer. Les plus à plaindre sont les descendants des migrants chinois. Ils estiment qu’ils sont déjà des étrangers : pour se “fondre” dans le courant principal de la société de leur pays d’adoption, ils ont refusé d’apprendre le chinois, avec comme résultat final qu’ils se retrouvent n’être intégré ni d’un côté ou de l’autre.

Le ministre français délégué à la Promotion de l’égalité des chances, Azouz Begag, interviewé par France 3 lors des émeutes qui ont frappé la région parisienne, a proposé un remède pour résoudre le problème de la pauvreté dans les banlieux qui n’a pas manqué d’étonner : le gouvernement devrait fortement investir pour ouvrir des cours de chinois dans les écoles primaires et secondaires, particulièrement dans les écoles les plus défavorisées. Pourquoi ? Ce ministre pense que “dans 5 ans, le chinois sera devenu un outil indispensable pour le développement professionnel”. “Si nous commencons à enseigner le chinois à grande échelle dès maintenant, les jeunes qui ont 15 ans aujourd’hui pourront couramment le parler lorsqu’il auront 25 ans. A ce moment, ils n’auront aucun problème pour trouver un emploi.”

Que la “fièvre pour le chinois” soit motivée à ce point par le gain matériel devrait générer un sentiment de crise chez les Chinois, et non pas un optimisme aveugle. Il nous faut voir que d’un point de vue international, le chinois est une langue refermée sur elle même, c’est à dire une langue spécialement destinée à communiquer avec les Chinois. Ce qui est très différent de l’anglais, du français, et même de l’espagnol.

Il y a plus de 70 pays au monde dans lesquels l’anglais est la langue officielle, auxquels s’ajoutent une centaine où l’anglais est la première langue étrangère. La Francophonie comporte plus de 60 menbres et observateurs, alors que plus de 20 pays et régions parlent l’espagnol.

En d’autres termes, on peut voyager dans le monde si l’on connaît l’anglais, le français et l’espagnol, mais le chinois ne peut être utilisé que dans la “Grande Chine” (Chine + Hong Kong + Macao + Taïwan) et avec les Chinois qui ont quitté leur pays. Pour être encore plus clair, la popularité de l’anglais, du français et d’autres langues est due au fait que ces langues ont réussi à se déconnecter de leur pays originel et sont devenues des outils de communications dans d’autres pays. Même si la force économique de ces pays a connu un relatif affaiblissement, l’influence de langues qui se sont déjà internationalisées ne va pas disparaître pour cette raison.

Historiquement, en raison du rapide développement économique de l’Allemagne et du Japon, des “fièvres” pour l’allemand et le japonais ont autrefois émergé. Aujourd’hui encore, ces deux pays ne sont inférieurs qu’aux Etats-Unis au niveau économique. Pourquoi est-ce que la “fièvre pour l’allemand” et la “fièvre pour le japonais” sont déjà retombées à des températures ordinaires ? Ceci démontre qu’une fièvre pour une quelconque langue ne peut pas durer si elle est repose sur des raisons purement économiques. La “fièvre pour le chinois” de par le monde est très similaire à celle qu’avaient connu l’allemand et le japonais en leur temps, et elle va probablement connaître le même sort désastreux.

Je pense que pour que le chinois se développe vigoureusement dans le monde, il va falloir faire des efforts pour l’internationaliser, pour qu’il devienne un médium de communication entre les étrangers. Vu de cette perspective - toutes mes excuses, je suis désolé de décevoir les espoirs de mes concitoyens - pas la peine de parler d’un dépassement de l’anglais : même dépasser le français sera impossible pour le chinois au XXIe siècle.

Note de l’éditeur :
(1) L’endroit n’est pas précisé.

Auteur : Zhai Hua
Date : 26 mars 2007
Source : http://blog.sina.com.cn/u/48670cb20100089w

Posted by Olivier in Divers

This entry was posted on 3 avril 2007 at 12:51 am and is filed under Divers. You can follow any responses to this entry through the comments RSS 2.0 feed. You can leave a response, or trackback from your own site.

4 Responses to “Le chinois future langue internationale ?”

  1. Tanguy says:

    Point de vue très intéressant. Par contre l’auteur ne mentionne jamais ce qui est à mes yeux la raison principale du rayonnement de l’Anglais, le Français et l’Espagnol (le Portugais aussi) : la colonisation, et l’administration coloniale pendant un certain temps. Enfin, ça doit être un choix, ça me paraîtrait un peu gros comme oubli.

  2. Olivier says:

    Tout à fait d’accord avec Tanguy, j’ai eu exactement la même réaction en lisant l’article, mais il m’a néanmoins paru assez intéressant pour le traduire. C’est vrai que sans la colonisation, l’anglais, le français, l’espagnol et le portugais ne seraient certainement pas aussi répandus dans le monde aujourd’hui.

  3. Benoit says:

    Lorsque je vois le niveau des américains dans l’apprentissage des langues étrangères ou le niveau des français en anglais, je reste très sceptique sur la possibilité de parler mandarin au bout meme de quelques années dans un pays étranger.

    Même sur place, il faut beaucoup de motivation et de patience.

    Anecdote : en visitant des fournisseurs dans le sichuan, ils parlent entre eux en Sichuanais, idem à Guanzhou, ils partent en cantonais pour que je ne puisse rien capter à ce qu’ils disent.
    Que voulez vous, knowledge is power.

    Bravo pour le blog

  4. Kanelya says:

    J’ai dévoré cette article tellement je le trouve vrai et je le pense aussi ! Rien à ajouter… Propos proches de la réalité.

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