On commence à entendre parler d’un manque d’ouvriers en Chine, ces fameux “mingong” ou travailleurs migrants sur lesquels reposent une grande partie du “miracle” économique chinois. Dans certaines régions, contrairement à l’abondance de main d’oeuvre du passé, ils sont maintenant moins nombreux et certains employeurs s’inquiètent.
Blog en Chine présente deux réactions à ce nouveau phénomène en Chine. Le premier blogueur essaie de voir la situation globalement et de manière assez posée, alors que le second, qui fera l’objet du prochain post, se réjouit de ce phénomène.
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Comme l’a dit quelqu’un un jour en plaisantant : tout peut venir à manquer en Chine, mais pas les hommes. Aujourd’hui, on parle beaucoup et certains s’inquiètent du manque de mingong (travailleurs migrants) dans de nombreuses régions. Ce qui manque, ce sont donc bien les hommes.
Après la Fête du printemps, les entreprises ont rouvert leurs portes et soudain, le nombre d’ouvriers à embaucher est insuffisant. Et voilà que partout, on commence à crier au “manque de mingong” ! Dans le delta des perles du Guangdong (1), on s’apperçoit que les mingong ne sont pas aussi bien traités qu’au Zhejiang, et voilà que 70% (2) des mingong prennent la direction du delta du Yangtsé (Hebdomadaire Gagner du 2 mars 2007).
Puis ensuite, voilà que nombre d’entreprises du Zhejiang tentent de s’adapter à certaines traditions des ruraux, car elles ne peuvent pas embaucher autant d’ouvriers qu’il leur faut. Dans une zone industrielle de Wenling qui a besoin de 70 000 ouvriers, il y a encore plus de 30 000 places à pourvoir (Quotidien de Wenling du 28 février). Même dans la région frontalière entre le Zhejiang et l’Anhui, une province qui fournit tant de main d’oeuvre, on parle maintenant de “manque de mingong” (China Business Times du 2 mars).
Finalement, qui est concerné par cette “catastrophe” ? (3)
Avant tout, ce sont les patrons qui s’étonnent. Dans la province du Guangdong, certaines entreprises ont perdu plus de 30% de leurs ouvriers durant cette Fête du printemps. Une usine de vêtements qui avaient plus de 600 ouvriers au début de l’année n’a conservé que plus d’une centaine de ses anciens ouvriers avant la Fête. Le patron soupire : “on dirait que les nouveaux ouvriers restent à l’hôtel, ils arrivent un jour et repartent le lendemain”. Il n’ose pas accepter de grandes commandes. Celles qui ont déjà été reçues sont confiées à d’autres usines et il n’y a pas de profits en perspective…
Certaines régions peu développées ont bien du mal à attirer des transferts d’entreprises du delta des perles. Leurs usines et leurs machines sont installées, mais elles ne parviennent pas à trouver de la main d’oeuvre bon marché, ce qui leur fait manquer des opportunités commerciales.
Beaucoup de patrons de Wenling, une ville du Zhejiang qui abrite de nombreuses usines de chaussures, savent qu’ils doivent bien traiter leurs ouvriers. Ils améliorent sans cesse les conditions de leurs dortoires et louent des véhicules pour raccompagner leurs ouvriers chez eux à la Fête du printemps ; ils augmentent leurs salaires, qu’ils paient mensuellement, garantissent un revenu annuel minimum et paient la différence avec les revenus réels en une seule fois en fin d’année. Néanmoins, les patrons continuent à se faire du souci pour embaucher les rares ouvriers qui se présentent. L’usine, les machines, les matériaux, les commandes… Sans ouvrier, pas d’argent à gagner ; un jour de délai c’est un jour de pertes !
Secondo, ce sont les maires qui s’étonnent.
Bien que moins de mingong aillent trouver les maires pour discuter des problèmes de salaires, il semblerait que leurs nouveaux droits ne leur aient pas apporté une meilleure protection et ils ont abandonné leurs efforts pour tenter d’obtenir davantage de droits. Si il suffit d’augmenter un peu leur salaire, d’améliorer quelque peu leurs conditions de travail et de leur fournir quelques facilités pour qu’ils restent au lieu de manifester leur insatisfaction en partant (littéralement : qu’ils votent avec les pieds), alors peut-être que les maires n’ont pas besoin de s’inquiéter du manque de mingong.
Mais le problème actuel, c’est que les entreprises qui souffrent du “manque de mingong” sont le plus souvent des sociétés de taille réduite et de second rang. Elles produisent souvent des articles de bas de gamme et gagnent difficilement leur place sur le marché. Elles se reposent sur des marges très faibles et leur capacité à améliorer les conditions des ouvriers est très limitée. Si l’on ne peut pas aider de telles compagnies à moderniser leur production, le résultat risque fort d’être une crise mettant en danger leur existence.
Finalement, ce sont les mingong eux-mêmes qui vont finir par s’étonner. Pour eux, le résultat de leur “vote avec les pieds” (manifester leur insatisfaction en partant), c’est une grande nouvelle donne de leurs positions et de leurs salaires. Les ouvriers spécialisés attendent les meilleures offres, et un salaire de 2800 à 5000 yuan (4) n’est pas forcément suffisant pour trouver un ouvrier qui correspond aux meilleures attentes.
Le “manque de mingong” transforme le marché de la force de travail : de marché d’acheteurs, il devient marché de vendeurs, et les mingong sont ceux qui en tirent profit. Ce genre d’ouvriers est encore peu nombreux, mais ils représentent l’espoir d’une nouvelle génération de mingong.
Mais d’un autre côté, la vaste majorité des ouvriers, en dehors de leur force et peut-être d’un diplôme, ne disposent d’aucune autre aptitude et vont continuer, contre leur gré, à toucher des salaires mensuels de moins de 1000 yuan pour des travaux durs, sals, lourds et fatigants, sans perspective d’amélioration. Particulièrement les mingong nés dans les années 80 ne sont pas prêts à en baver autant que leurs aînés. Ils réclament des salaires plus élevés mais ne possèdent aucune aptitude technique, enviant les salaires des ouvriers spécialisés et ayant perdu la patience d’aller d’abord chercher un travail pour survivre.
Un défi constitue une opportunité. Si l’on peut sortir de la situation chaotique et problématique actuelle, il peut y avoir un excellent nouveau départ. Si le “manque de mingong” peut provoquer des “inquiétudes” de toutes sortes, peut-être que cela obligera à un passage à une production plus moderne et d’une nouvelle génération. Cela forcerait à augmenter les salaires et les mingong seraient amener à développer leur technicité. Ce ne serait pas forcément contradictoire avec un développement “à la fois bon et rapide”.
Notes de l’éditeur :
(1) Une des régions les plus riches et les plus industrialisées de Chine, avec une densité d’usines, d’entreprises et par conséquent de travailleurs migrants absolument impressionnante.
(2) Ce chiffre de 70% me paraît incroyable, même si l’auteur donne sa source.
(3) Jeu de mot de l’auteur ici - que je n’ai pas réussi à traduire - entre deux mots se prononçant exactement de la même façon et s’écrivant presque de manière identique, “huang”, voulant dire “manque” dans le premier cas, et “confus” dans le second cas.
(4) Environ 280 à 500 euro par mois, un salaire extrêmement élevé pour un ouvrier aujourd’hui en Chine.
Auteur : Mu Yifei
Date : 3 mars 2007
Source :
http://www1.tianyablog.com/blogger/post_show.asp?BlogID=536825&PostID=8719363&idWriter=0&Key=0
Posted by Olivier in Société, Economie